Mots-clé : Intercommunalité

Triptyque cotentinois

À l’heure où les territoires se transforment, et que des mutations d’ampleur s’opèrent, la question de l’identité des nouveaux espaces revient de manière lancinante, et pertinente. Le Nord-Cotentin n’échappe pas à cette règle, à plus forte raison depuis l’initiative lancée il y a de cela deux semaines par Bernard Cazeneuve et visant à fusionner les cinq Communautés de Communes, allant de Saint-Pierre-Église à celle des Pieux, et la Communauté Urbaine de Cherbourg.

La carte d’identité du futur territoire peut se résumer par une succession de chiffres : 134 632 (habitants) / 685,68 km² (superficie) / 82 (communes). Bien évidemment, bien qu’instructif quantitativement et techniquement, cette succession numérique ne saurait satisfaire les interrogations suscitées par les possibles rapprochements territoriaux. Les méandres de l’identité spatiale sont plus complexes, et nous amène à poser la question, non seulement du vivre-ensemble, mais aussi et surtout, de la cohésion territoriale. Dans le cas du Nord-Cotentin, il convient de poser la question des éléments qui nous rassemblent et nous permettent de former un ensemble spatialement cohérent, puisant sa force dans sa diversité. Ce qui amène à évoquer une identité formant un triptyque cotentinois et pouvant constituer l’ossature du futur territoire du nord de la presqu’île Manchoise.

Le premier élément structurant du territoire est sans nul doute sa maritimité. Presqu’île au bout d’un département, et d’une région, à dominante rurale, le littoral constitue une part majeure de la géographie, de l’histoire et des modes de vie du Nord-Cotentin. Lieu touristique incontournable par sa richesse naturelle (songeons aux rivages de la Hague, ou encore du Val de Saire), mais aussi espace de ressources diverses, comme la filière de la pêche notamment. L’impact, et l’apport, de la maritimité demeure sans nul doute l’un de ses atouts majeurs, à l’heure où les littoraux jouent un rôle prépondérant dans la circulation des flux qui caractérisent nos territoires.

Le second axe majeur du Nord-Cotentin se situe dans la ruralité. Tous les habitants du Cotentin en conviendront, avec le littoral, les territoires ruraux sont des composants essentiels de notre identité. Malgré les différences (géographiques, paysagères ou à une autre échelle, historique) entre la Hague, le Val de Saire ou encore les marais de Carentan, le travail de la terre est un trait caractéristique de la presqu’île, qu’il s’agisse de la culture maraîchère, de la filière bovine et équine ou encore de la production laitière. Outre l’agriculture, les zones rurales demeurent majoritaires sur l’ensemble du territoire, bien que des recompositions interviennent au fil du temps sous les coups de la de l’étalement urbain, fruit de la périurbanisation.

Enfin, le dernier point d’ancrage de cet espace demeure son urbanité. Si cette dernière caractéristique est loin d’être la plus significative de notre territoire (la majorité des habitants du département résident en effet dans des zones rurales), elle n’en demeure pas moins primordiale pour le développement du Nord-Cotentin. Loin de s’opposer à la « campagne », la ville est un moteur pour l’épanouissement d’un territoire, combinant des atouts attractifs pour une large partie de la population (culture, éducation, loisirs…). Au sein du possible ensemble territorial, la CUC pourra jouer un rôle de « coordinatrice » entre les pôles urbains que sont Les Pieux, Beaumont-Hague ou Saint-Vaast-la-Hougue, formant un réseau d’archipels urbains.

En définitive, la future intercommunalité, si jamais elle venait à voir le jour, formerait un arc territorial, parcourant le Nord-Cotentin de Barfleur à Flamanville et créerait, dans un triptyque spécifique à notre territoire, une entité cohérente et porteuse d’une identité plurielle. Le Nord-Cotentin ne serait plus isolé aux confins de la presqu’île mais deviendrait un espace ouvert sur les flux maritimes, tout en conservant une attache territoriale solide, liant les atouts de la ruralité aux avantages de l’urbanité.

Phare de Goury

L’union fait-il (toujours) la force ?

Une lettre. Une simple lettre… Il aura en effet suffit d’un seul courrier envoyé aux présidents de cinq Communautés de Communes du Cotentin la semaine dernière par Bernard Cazeneuve, député-maire de Cherbourg-Octeville, pour lancer un riche débat sur l’avenir des intercommunalités dans le nord du département.

Le député-maire, et président de la Communauté Urbaine de Cherbourg, a soumis aux cinq présidents une proposition, certes vaste et ambitieuse, mais prometteuse. À savoir la fusion de cinq intercommunalités, respectivement, la Communauté Urbaine de Cherbourg, la Communauté de Communes de Beaumont-Hague, des Pieux, de Saint-Pierre Église, de la Saire et de Douve-Divette.

La proposition de Bernard Cazeneuve intervient dans le cadre de la réforme territoriale, celle-ci encourageant les Communautés de Communes à se rapprocher et à fusionner. Dans le cas de la Manche, le nombre de communautés passerait de 48 aujourd’hui à 23. Cet impératif de rassemblement pose donc de nombreuses, et légitimes, questions. Quel sera le visage de l’intercommunalité de demain ? Quel futur pour nos territoires ? Mais surtout, comment coopérer ?

La missive de Bernard Cazeneuve peut faire écho, bien qu’à une toute autre échelle, à une tribune publiée quelques semaines plus tôt par une douzaine de géographes normands sur l’avenir de nos deux régions. « Coopérer ou s’effacer ? » tel était le conseil, sous forme de mise en garde, émis par les universitaires bas et hauts-normands. Cette position est applicable à la fusion de la Communauté Urbaine et des Communautés de Communes en question, tant l’enjeu semble fondamental.

Les interrogations font donc florès face à ce projet. Notamment, sur le champ des compétences, de la gouvernance ou encore de l’identité du futur territoire. Cette dernière, et délicate, interrogation qui, bien que parfois sous-estimée, ne doit pas faire obstacle à une possible fusion. Si le sentiment d’attachement au territoire ne saurait faire de doute, il n’en demeure pas moins dynamique, et se recompose de manière constante, au fur et à mesure des évolutions, administratives ou non. Cette crainte peut paraitre d’autant plus injustifiée que le Nord-Cotentin possède une indéniable cohérence historique.

Il ne fait aucun doute que les nombreuses questions seront abordées au fil des rencontres entre les présidents, dont la première est prévue demain. Et sauront dissiper les inquiétudes pour aborder la potentialité de l’initiative.

Car, plus que des interrogations, ce sont des espoirs que soulève la possible fusion. Si jamais elle venait à aboutir, une collectivité forte de 130 000 habitants verrait le jour. Alors, la donne du développement économique, culturel ou social se verrait être bouleversée. Exit la Communauté Urbaine de 80 000 habitants perdue au milieu d’une multitude de Communautés de Communes, et bienvenue à une politique de l’aménagement du territoire ambitieuse et cohérente, à la création d’équipements publics de premier ordre et à un nouveau rôle sur l’échiquier régional, et inter-régional. Ce territoire inédit deviendrait un pôle d’attraction sans commune mesure dans l’ensemble du département, faisant de sa diversité une force pour l’avenir.

Bien que ne devant pas mettre la charrue avant les bœufs ou encore de tuer la peau de l’ours avant de l’avoir tué, ou autres maximes appelant à la prudence, la réflexion sur ce nouvel espace doit malgré tout s’imposer dans les esprits. Et la lettre de Bernard Cazeneuve apparait comme un pas de géant au vue de la situation antérieure. À l’heure où les lignes bougent, nous ne devons pas passer « à côté de l’histoire » comme le député-maire nous y invite.

Plus que jamais, l’union entre les territoires fait la force de ceux-ci.

Presqu’île du Cotentin